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BOMBYX MORI, le ver à soie

 

Parmi les chenilles qui produisent de la soie, l'espèce Bombyx mori ou ver à soie du mûrier, est celle qui donne les produits les plus beaux et les plus estimés.

Le ver à soie est originaire de la partie méridionale de la Chine, on y élevait des vers, paraît-il, 2700 ans avant notre ère. Les oeufs, appelés graines, furent importés successivement dans l'Inde, en Perse et dans diverses parties de l'Asie, ce fût au VIème siècle de notre ère qu'ils furent introduits à Constantinople où l'empereur Justinien en fit un objet d'utilité publique; on fit de l'élevage ensuite en Grèce, en Arabie, en Espagne, en Italie, puis en France, vers le XIIIème siècle.

Lyon commença vers 1450 à produire des soieries, Tours fut la seconde ville de France qui se livra à ce genre de fabrication en 1470. Sous le rêgne de Henri IV la culture du mûrier s'étendit considérablement dans le midi et le centre de la France.

La chenille du ver à soie se distingue surtout des autres bombyx par une sorte de corne sur le dernier segment, ce qui la rapproche des sphinx, quoiqu'elle n'appartienne pas à cette famille. Le ver à soie arrivé à son complet développement est composé d'une tête ou museau et d'un corps.

La tête est composée d'une mâchoire armée de dents, en dessous de la lèvre inférieure se trouve la trompe par où sort la soie fournie par les deux glandes soyeuses, il y a six yeux de chaque coté de la tête.

Le corps, glabre, blanchâtre, avec des taches noires, selon les espèces, est divisé en 12 articulations avec 3 paires de pattes cornées et 5 paires de pattes membraneuses molles, flexibles, elles sont plates, munies de petits crochets et fixent les vers sur les objets en agissant comme des ventouses.

Le ver à soie, comme d'ailleurs tous les insectes de sa classe, passe durant sa vie par trois transformations successives : larve d'abord, il forme aux derniers jours de sa vie une enveloppe soyeuse appelée cocon dans laquelle il se renferme pour devenir chrysalide et d'où il sort peu de temps après à l'état de papillon.

D'autres espèces de chenilles donnent également de la soie sous la forme d'un cocon, dont l'Anthéroea Yama-Maî et l'Anthéroea Pernyï qui se nourrissent de feuilles de chênes, les vers vivent en plein air à l'état sauvage et fournissent un cocon environ 3 fois plus gros que celui du Bombyx mori, ces cocons donnent une soie dénommée Tussah trés employée comme trame dans les tissus d'ameublement et dans certains tissus d'habillement.

L'élevage des vers à soie se fait au printemps, c'est à dire à la première poussée de la feuille des mûriers, dans des constructions spéciales appelées magnaneries, du mot provençal magnan qui signifie : ver à soie. L'élevage comprend deux périodes distinctes depuis l'état de graines jusqu'à celui de cocon. Ces deux périodes sont l'incubation de la graine et l'élevage proprement dit du ver.

 

Première période : Incubation de la graine.

Cette période dure environ 11 jours pendant lesquels il faut faire varier la température de l'étuve depuis 17° jusqu'à 28° trés progressivement.

Au 5e jour les oeufs blanchissent, le ver est déjà formé, et avec une loupe on peut distinguer l'insecte à travers la coque qui le renferme.

Aux 7e et 8e jour quelques naissances ont lieu, c'est ce qu'on appele les avant-coureurs.

Pendant les trois derniers jours, l'éclosion est trés abondante, il faut alors faire de fréquentes levées au moyen de petits filets en tulle que l'on place sur les vers, on répand sur ces filets de la feuille de mûrier coupée menu et aussitôt les jeunes vers sentant leur nourriture passent au travers des mailles, après une demie-heure environ on enlève le filet que l'on porte sur une claie préparée à l'avance, puis on procède à une autre levée. Après la naissance du 11e jour on peur jeter les oeufs non éclos, comme d'ailleurs les avant-coureurs afin de ne pas multiplier les séries.

Une once de graines de 30 grammes donne environ 40 à 50.000 vers qui produisent de 30 à 40 kg de cocons frais.

 

Deuxième période : Elevage des vers.

La deuxième période qui dure approximativement de 30 à 40 jours se subdivise en cinq âges comprenant chacun le temps qui s'écoule d'une mue à l'autre, ou d'un sommeil à l'autre; ces crises consistent en un changement de peau appelé mue. On comprendra la nécessité de des mues sachant que le ver au moment où il va filer son cocon est 40 fois plus gros qu'à sa naissance, il est donc impossible à la première peau d'avoir assez d'élasticité pour arriver à contenir un pareil volume. La nature prévoyante a étendu sur le corps de la chenille les embryons de la peau de chaque mue, l'animal croissant plus que la peau ne peut se distendre, celle-ci tombe est est remplacée par une seconde capable de contenir le nouveau volume du ver jusqu'à la mue suivante. Le ver, pendant ces crises relève la tête, est complètement immobile et refuse toute nourriture, ce qui fait dire à certains éleveurs que les vers s'endorment ou se réveillent de la première, deuxième mue, etc...

Au septième jour du cinquième âge, le ver atteint son développement complet, son poids est d'environ 5 gr ou 9.500 fois plus grand qu'au jour de la naissance, sa longueur est de 9 cm. Il commence à décroitre le 9e jour.

La durée de chaque âge ou de l'élevage entier dépend du degré de chaleur et de la fréquence des repas.

Le bombyx mori se nourrit exclusivement de feuilles de mûrier, que l'on répend sur des claies formées d'un cadre en bois et dont le fond, en treillis de roseaux ou de fils de fer est recouvert d'une feuille de fort papier.

 

Délitement

Les repas des vers nécessitent une opération appelée délitement, dont le but est de changer la litière des vers. Cette opération se fait trés facilement au moyen du papier à déliter, percé de trous dont la grandeur dépend de l'âge des vers, on place ces feuilles de papier sur les vers et on les couvre de feuilles fraîches, les vers ne tardent pas à monter en passant par les trous, cette ascension s'opère en moins d'une demi-heure, alors on enlève le papier chargé de vers que l'on transporte sur une nouvelle claie. On doit abandonner les quelques vers retardataires restés sur la litière que l'on a soin d'emporter immédiatement hors de l'atelier.

Les quantités de feuilles consommées sont pour une once de 30 grammes de graines, c'est à dire pour 40 à 50.000 vers :

1er âge, 5 à 6 kg
2e âge, 15 à 16 kg
3e âge, 51 à 52 kg
4e âge, 156 kg
5e âge, 900 kg

Pendant le 1er et le 2e âge, on doit donner de la feuille coupée menue au moment même de la distribution, les repas doivent être fréquents et légers; la feuille étant tendre, se dessèche rapidement par la température élevée de l'atelier, il faut donc renouveller les repas toutes les trois heures. A partir du 3e âge, on peut réduire le nombre des repas à 6 par 24 heures, excepté dans le temps des frèzes, où l'on doit donner des repas intermédiaires. On nomme frèzes, certaines périodes des 3e, 4e, et 5e âges, pendant lesquelles les vers mangent avec voracité. La feuille doit être coupée moins menue d'âge en âge, jusqu'à la fin du 4e, on doit la servir entière dans le dernier âge.

L'espace nécessaire pour les vers est un objet d'appréciation, on doit s'attacher à ce qu'ils ne soient pas amoncelés sur la litière, ce qui est une des causes des maladies mortelles qu'ils contractent, il faut donc dédoubler les claies au fur et à mesure du grossissement des vers, chaque ver doit toujours avoir environ un espace trois fois plus grand que celui qu'il occupe au repos, le dédoublement se fait de la même manière que le délitement avec le papier à déliter.

 

Boisement

Lorsque le ver a atteint son développement complet, c'est à dire vers le 8e jour du 5e âge, on doit procéder au boisement ou à l'encabannage des vers en formant autour des claies comme une sorte de haie artificielle, avec de la bruyère sèche, des genêts ou du colza, les vers grimpent dans ces rameaux et choisissent une place à leur convenance pour filer leur cocon.

 

Déramage

Le ver à soie met 3 jours environ pour faire son cocon, mais il ne faut pas déramer, c'est à dire faire la cueillette des cocons avant le 7e jour, afin que le travail soit complet pour toutes les séries. A partir de ce moment, il perd journellement de son poids, il y a donc intérêt, pour l'éleveur, de vendre le plus tôt possible.

Si l'éleveur veut faire son grainage lui-même, c'est au moment du déramage qu'il doit choisir les cocons qu'il laissera percer par les papillons. Ces cocons doivent être choisis parmi ceux les mieux conformés, les plus durs à la pression exercée entre le pouce et l'index, sur les deux extrémités; ils ne doivent pas être jetés de loin dans les corbeilles pour éviter de blesser les chrysalides en formation.

C'est 3 jours environ après l'achèvement du cocon que le ver s'est complètement métamorphosé en chrysalide, puis 15 jours environ après, le papillon est formé, et, si on avait pas le soin de tuer la chrysalide avant cette dernière transformation, le papillon sortirait de son cocon en le perçant; dès lors, celui-ci ne pourrait plus se filer.

 

Etouffement des chrysalides

Le but de cette opération est non seulement de tuer la chrysalide, mais aussi de la déssécher complètement, afin qu'il ne puisse plus se produire de putréfaction, dont le résultat serait de tacher les cocons qui perdraient ainsi de leur valeur marchande. Différents systèmes sont employés, parmi lesquels nous citerons les deux suivants :

  1. Au four : L'étuve, appelée vulgairement four ou étouffoir, est formée d'une chambre en maçonnerie, mesurant approximativement 2 m sur toutes les faces; sur deux faces latérales opposées sont disposées des portes à deux vantaux et capitonnées pour obtenir une fermeture à peu près hermétique; d'autre part on a un wagonnet à claies sur lesquelles on dispose des corbeilles plates remplies de cocons sous une faible épaisseur, le wagonnet ainsi chargé est poussé à l'intérieur du four, on ferme les portes, puis on fait arriver un courant de vapeur à l'intérieur de l'étuve, après une demi-heure environ de séjournement les chrysalides sont tuées. Pendant ce temps on a procédé au chargement du wagonnet du coté opposé, de telle sorte que l'opération marche sans interruption, jour et nuit, jusqu'à épuisement des provisions. On conçoit que l'étouffement des chrysalides doive se faire trés rapidement, puisque le papillonnage peut commencer 15 jours après la formation du cocon. Les cocons dont les chrysalides ont été étouffées par cette méthode sortent du four complètement mouillés par suite du refroidissement de la vapeur lorsqu'on ouvre l'étuve. Il faut donc les faire sécher complètement. A cet effet, dans de vastes locaux trés aérés, appelés coconnières on a disposé des rayonnages à claies sur lesquels on étale les cocons en couches minces pour que l'évaporation se fasse plus rapidement et aussi pour éviter l'accident des cocons tachés
  2. Au caisson : Ce procédé moderne a le grand avantage sur le précédent de supprimer les coconnières, vu que les cocons sortent de l'appareil absolument secs, la chrysalide entièrement desséchée, ce qui permet d'ensacher immédiatement les cocons. L'appareil se compose essentiellement de 12 caissons dont le fond est grillagé en fil de fer, chaque caisson peut contenir 100 kg de cocons, ils sont disposés sur une seule ligne au-dessus d'une chambre à air chaud munie de ventilateurs, la température est maintenue régulièrement à 83° pendant tout le temps de l'opération. On commence à remplir le premier caisson dans lequel les cocons séjournent pendant une heure, au bout de ce temps on déverse les cocons de ce premier caisson dans le deuxième et on remplit à nouveau le premier; après la deuxième heure on déverse les cocons du deuxième caisson dans le troisième et ceux du premier dans le deuxième, puis on remplit à nouveau le premier caisson, ainsi de suite jusqu'au douzième, de là ils sont versés directement dans des sacs et l'opération est terminée. On peut donc par ce procédé et avec un seul appareil de 12 caissons, étouffer les chrysalides de 2400 kg de cocons dans les 24 heures.

 

Le papillon

Pour sortir du cocon dans lequel il est enfermé, le papillon dégorge quelques gouttes d'un liquide alcalin qui décolle les fils de soie à l'une des extrémités du cocon, pui avec ses pattes il écarte les fils sans les rompre et sort tout entier de sa cellule. C'est le plus souvent le matin que le papillonnage des cocons se produit.

Aussitôt sortis les papillons mâles s'approchent des femelles et l'accouplement s'effectue, la durée de cet accouplement est trés variable et dépend de la température, la moyenne est de 5 à 6 heures à une température de 20°. La femelle séparée du mâle est déposée sur des morceaux de toile de 15 cm par 10 cm et quelques instants après la ponte commence, les oeufs se collent sur la toile et c'est dans cet état que l'on devra les conserver jusqu'à l'élevage suivant dans un lieu sec et à une température de 12° environ.

 

Grainage

Il est de la plus grande importance de ne mettre à l'incubation que des graines saines et par conséquent exemptes de tout germe de maladies; pendant trés longtemps on s'est contenté de trier soigneusement les cocons que l'on destinait au grainage, malgré cette précaution il arrivait trés souvent que les papillons portaient le germe d'une maladie héréditaire qui se transmettait aux vers nés de ces graines contaminées. Aujourd'hui, grâce aux recherches de notre illustre Pasteur, l'éleveur peut obtenir lui-même ou se procurer des graines absolument saines.

 

Le cocon

Le fil composant le cocon est formé de 2 baves secrétées par le ver à soie et qui sont soudées l'une à l'autre par une matière gommeuse appelée grès. Le grès est l'ensemble des matières gélatineuses, cireuses, résineuses et colorantes qui recouvrent la fibroïne comme un fourreau. Les baves proviennent d'un liquide renfermé dans les glandes soyeuses du ver et qui se solidifie à la sortie de la trompe.

Le fil de soie se compose donc essentiellement de deux éléments distincts, la fibroïne ou soie proprement dite et le grès qui l'enveloppe et soude les 2 baves. La proportion entre ces deux substances est en moyenne de 75% de fibroïne et 25% de grès, lequel est soluble dans une solution bouillante contenant 25% de savon du poids de la soie.

Le cocon a une forme ovoïde, la longueur moyenne de fil est de 600 m. Il est à noter que le fil est d"une grosseur double au début du cocon par rapport à sa fin.

Il faut environ 11 kg de cocons frais pour obtenir 1 kg de soie filée ou 3 kg de cocons secs.