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Dernier éditorial

 

Difficile, l'année 2003-2004 pour le patrimoine lyonnais de la soierie.
L'année a en effet vu la liquidation de la Maison des Canuts qui a berçé une partie de ma vie, et la disparition de Georges Mattelon qui était devenu en quelque sorte au fil des décades, la mémoire vivante de la soierie lyonnaise à bras.

Le tissage à bras, un métier et un savoir-faire aujourd'hui définitivement disparus de France.
Un métier transmis de père en fils durant des générations et des générations. Un métier au coeur de l'histoire sociale de nombreuses régions de France.

Un métier qui s'est transformé brutalement (1850-1900) en une industrie certes intéressante à plus d'un égard à ses débuts, puis très rapidement entièrement dédiée au profit et à la société de consommation naissante, jusqu'à créer les conditions irréversibles de son auto-destruction dans la grande farandole de la mondialisation.

Certes, regretter le passé est plutôt négatif. Mais foin de passéisme, ce site n'est là que pour donner un prolongement à un métier disparu, à des outils détruits, à des techniques appauvries ou oubliées et surtout, surtout, rendre hommage à des hommes, des femmes, des enfants, même, des familles entières qui ont souvent vécu dans la misère dans laquelle on les a enfermées délibérément pour en tirer profit. Il ont parfois écrit de leur sang l'histoire de notre pays :


Les Pleurs de mon métier

Ce vieux métier où mon grand-père
A tissé ses pièces jadis,
Mon pauvre vieux, je désespère
De le voir aux mains de mon fils.
Mon vieux métier que j'aime, pleure
De se voir ainsi délaissé...
Mais ne pensons plus à cela,
Et lon lon lère, et lon lon la.
Il faut bien que mon métier meure
Avec moi qui l'ai tant aimé.

Je pensais que dans ma détresse
Mes garçons, papas à leur tour,
Canusant gaiement et sans cesse
Consoleraient mon dernier jour.
Et je suis seul dans ma demeure,
Mon métier est abandonné !
Mais ne pensons plus à cela,
Et lon lon lère, et lon lon la.
Il faut bien que mon métier meure
Avec moi qui l'ai tant aimé.

Ce vieil ami qui fit ma gloire
Je le garderai jusqu'au bout,
Et malgré la misère noire,
Malgré la faim et malgré tout !
Puis enfin, quand du cimetière
Je m'en retournerai vers Dieu...
Et lon lon lère, et lon lon la,
Je compte bien qu'un vieux compère
Mettra mon vieux métier au feu.

Joseph des Verrières (1905)

Ce site va maintenant fermer ses portes et être détruit car il n'a plus lieu d'être.
L'environnement en cette fin d'année 2004 ne permettra plus désormais d'assurer la sauvegarde de ces savoir faire et de ces outils.

Nous sommes arrivés au bout du chemin, il n'y aura plus d'autres chapitres à la grande histoire des canuts lyonnais, laissons maintenant place à ces fossoyeurs que sont les musées du textile. Adieu...