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Connaissez-vous Guignol ?

 

 

 

 

 

 

Voici comment Gavarny
représentait un canut
chef d'atelier au IXX° siècle

 

 

Lire : Le chant des Canuts
La Révolte des Canuts
en 1831 et 1834.
Louis Muron, journaliste et critique littéraire, signe un
roman poignant sur un
grand moment de l'histoir
sociale et de la mémoire lyonnaise.
Editions Presses de la Cité, septembre 2002

 

Le lyonnais Laurent Mourguet est né en 1769, d'un père maître tisseur et fabricant.
A 20 ans, Laurent Mourguet est à son tour canut, tisseur de soie, tout comme sa femme, qui lui donnera 10 enfants.

Trop souvent victime de la "meurte" (la morte saison, lorsque le travail manque) en pleine période révolutionnaire, il délaisse le métier à tisser, pour devenir marchand forain et assurer la subsistance de sa famille. Pendant cinq ans, il fait les marchés et les foires. Puis il devient arracheur de dents à Lyon en 1798, profession d'accès libre à cette époque.

Ayant acquis le goût du spectacle durant ses tribulations passées, il décide en 1804, au moment où Jacquard présente sa mécanique, de créer un petit théâtre, aux Brotteaux, quartier de Lyon.

Le personnage principal de son théâtre est dans un premier temps Polichinelle et son compère Gnafron, savetier et franc buveur de vin rouge. En 1820 Guignol remplace Polichinelle par Guignol, canut de son état, qu'il incarne de façon parfois subversive, aidé par son langage narquois, et son accent traînard. En lui se retrouvent les multiples traits et attitudes caractéristiques de la classe ouvrière des tisseurs à bras. Son bon sens est à toute épreuve. Il rit de ses propres défauts, et utilise ceux des autres. Les pièces de Laurent Mourguet, ne sont pas écrites. Il les improvise dans son théatre et les transforme au gré de ses humeurs et des faits lyonnais du jour. En cela, il est un autre précurseur des chansonniers modernes et autres faiseurs de satires. Ce n'est que plus tard que ces pièces seront reconstituées pour une bonne part à partir de la mémoire collective deslyonnais.

Guignol est certainement la marionette la plus connue au monde.
Elle fait partie du patrimoine lyonnais mais elle appartient surtout à la classe populaire
et en particulier aux tisseurs de soie, les canuts, exploités par les riches fabricants
et oppressés par les pouvoirs publics.

 


Michelet dans son "Histoire de la Révolution" écrit à leur sujet : (...) Physiquement, c'était une des races les plus chétives d'Europe.

Moissonnier nous parle de sa condition :
(...) Dès l'aube jusqu'à tard dans la nuit, le canut est assis de guingois devant le métier. Une de ses jambes prend appui sur le sol, l'autre actionne une pédale de bois qui soulève en temps voulu les fils de chaîne. De la main droite il lance la navette, de la gauche il meut le battant qui serre la trame et frappe régulièrement le rouleau de tissu contre lequel s'appuie le ventre de l'ouvrier.

Dix-huit heures de labeur dans cette position incommode sont trés épuisantes : l'attention ne doit pas se relâcher, la vue se fatigue vite, surtout pendant les heures de nuit où la seule lumière provient d'une lampe fumeuse, le chelu. Les médecins les plus qualifiés de Lyon pensent alors que les trois quarts des maladies dont souffrent les ouvriers de la Fabrique proviennent de cet abus de travail de nuit. Pendant dix-uit heures, enfin, le canut reçoit dans l'estomac le contrecoup du battant qui heurte le rouleau de tissu et ces chocs répétés contrarient la digestion. Il est classique de présenter le canut comme un homme pâle, aux traits tirés, aux chairs molles, souvent difforme.