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Connaissez-vous Jacquard ?

 

Joseph-Marie Jacquard (1752-1834)

 

 

Vue partielle d'une mécanique Jacquard

 

 

 

Mécanique Jacquard 208 crochets

 

Lors de la Révolution, dirigée contre les riches aristocrates et religieux, la Fabrique fut éprouvée, perdant une grande partie de sa clientèle et les riches tissus façonnés furent remplacés par des tissus unis, rehaussés de broderies. A son tour, Napoléon vint en aide à cette industrie lyonnaise. De passage à Lyon, il visite les ateliers de tissage. Une soierie que conserve le Musée Historique des Tissus porte cette inscription : "Fait en présence du Premier Consul à Lyon le 26 Nivose An X". Le garde-meubles fera aux fabricants lyonnais d'importantes commandes pour les résidences impériales. Au même moment, les célèvres velours de Gaspard Grégoire (portraits, décors d'après Raphaël, Greuze, Vien, David, Berjon) peints sur la chaîne, sont des chefs-d'oeuvre d'une technicité et d'une minutie remarquables.

Dès lors, l'invention du lyonnais Jacquard avait permis de diviser les prix et de multiplier la diversité des motifs, atteignant ainsi une clientèle plus large. La Fabrique continua de s'adapter à l'évolution du marché et sa suprématie fut confirmée sous le Second Empire, au démarrage de la grande industrie.

La mécanique Jacquard est enfantée vers 1804 à Lyon par Joseph-Marie Jacquard (1752-1834). Fils de canut, Jacquard, alors agé de 38 ans, cherche dès 1890 à inventer un mécanisme qui permettrait de lever automatiquement les fils de chaîne. Jusqu'à la fin du XVIIIe, le tissage des étoffes brochées se faisait encore entièrement à la main. Jacquard reprit pour ses travaux les inventions de Bouchon et de Falcon, faisant de laur automatisme "manuel", un automatisme mécanique.

Sa première mécanique, brevetée en 1801, fut perfectionnée et achevée par lui en 1806. Il est donc bien l'inventeur du principe de la mécanique, mais l'on oublie généralement de rendre hommage à la collaboration des mécaniciens Sckola et Breton qui lui donnèrent la perfection qu'elle a atteint depuis.

La légende de Jacquard veut que lors d'une exposition publique de l'appareil, un groupe de canuts ait jeté des sabots par dépit dans la mécanique afin d'en détruire le mécanisme. Le mot "sabotage" en aurait acquis une nouvelle signification devenue d'un emploi courant dès 1831, lors de la Révolte des Canuts. En effet, l'une des caractéristiques essentielles de la mécanique Jacquard, était qu'un seul de ces métiers supprimait l'emploi des "tireurs de lacs", ouvriers qui soulevaient manuellement les fils de chaîne.

Il ne s'agirait là que d'une légende. En 1805, eut lieu une vente publique de métiers modèles, réunis par Philippe de Lasalle. On a prétendu à tord que cette vente, dans laquelle figurait un métier "à la Jacquard" avait été ordonnée par le Conseil des Prud'hommes pour satisfaire à l'exaspération des ouvriers tisseurs contre le malheureux inventeur.

Or ceci ne peut pas être car le Conseil des Prud'hommes n'avait pas la compétence d'une telle vente publique. Peut-être quelques canuts mécontents, ne voyant pas les avantages du système, lancèrent-ils quelques quolibets, mais celà ne dut pas aller plus loin.

C'est ce qui ressort du compte rendu d'une enquête faite par le directeur de la Revue du Lyonnais après la mort de Jacquard. Le but probable de la vente était simplement de libérer les salles du Palais Saint Pierre où les métiers étaient exposés et auxquelles on voulait donner une autre destination.

Le métier "à la Jacquard" avait l'avantage de supprimer la préparation des semples et la confection des lacs, de supprimer le travail abrutissant des tireurs de lacs; son maniement était plus simple et son coût était deux fois moindre que celui de l'ancien métier à grande tire.

Cette invention, venant un demi siècle après la première navette volante de John Kay, reste la plus spectaculaire innovation dans la technique du tissage, mais aussi la plus marquante, dans la mesure où elle allait ouvrir le chemin au tissage industriel mécanisé, marquant la fin d'une époque à jamais révolue. Toujours est-il qu'en 1810 trois mille métiers, en 1813 quatorze mille métiers et en 1835 trente mille métiers à la Jacquard battent au rythme du coeur de la ville laborieuse.

Lors de la seconde exposition des produits de l'industrie française, en l'An 9, Jacquard ne reçut qu'une médaille de bronze avec la mention suivante : "Jacquard, de Lyon : inventeur d'un mécanisme qui supprime dans la fabrication des étoffes brochées, l'ouvrier appelé tireur de lacs".

La vie de Jacquard