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Les Pleurs de mon métier

Ce vieux métier où mon grand-père
A tissé ses pièces jadis,
Mon pauvre vieux, je désespère
De le voir aux mains de mon fils.
Mon vieux métier que j'aime, pleure
De se voir ainsi délaissé...
Mais ne pensons plus à cela,
Et lon lon lère, et lon lon la.
Il faut bien que mon métier meure
Avec moi qui l'ai tant aimé.

Je pensais que dans ma détresse
Mes garçons, papas à leur tour,
Canusant gaiement et sans cesse
Consoleraient mon dernier jour.
Et je suis seul dans ma demeure,
Mon métier est abandonné !
Mais ne pensons plus à cela,
Et lon lon lère, et lon lon la.
Il faut bien que mon métier meure
Avec moi qui l'ai tant aimé.

Ce vieil ami qui fit ma gloire
Je le garderai jusqu'au bout,
Et malgré la misère noire,
Malgré la faim et malgré tout !
Puis enfin, quand du cimetière
Je m'en retournerai vers Dieu...
Et lon lon lère, et lon lon la,
Je compte bien qu'un vieux compère
Mettra mon vieux métier au feu.

Joseph des Verrières (1905)