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La mécanique dite d'armure
Voici la description de la 104, telle qu'on la trouve dans le Traité de Falcot en 1848.
La description de cette mécanique vaut trés exactement pour toutes les mécaniques Jacquard bois, quelque soit leur taille. La mécanique Jacquard est en fait trés simple, mais la description de toutes ses pièces n'est pas évidente à mener. Aussi, prochainement nous remplacerons les éléments des planches de Falcot par de véritables photos de détail des pièces décrites, pour une meilleure compréhension de ces mécaniques. De même, dans quelques temps nous réaliserons une petite séquence vidéo de la mécanique 104 en fonctionnement réel...

La mécanique d'armure, dont on fait un si fréquent usage n'est en quelque sorte qu'une véritable mécanique Jacquard, puisqu'en réalité elle n'en est qu'un diminutif. Nous croyons utile néammoins de la considérer seule, à cause de son application aux étoffes qui se font avec des lisses (cadres) seulement; et son utilité incontestable, son importance si vraie, nous engagent à en donner une description complète, avant d'en indiquer l'emploi.
Les mécaniques Jacquard reçoivent des dénominations relatives aux nombres de crochets qu'elles comportent. Ces nombres sont de 104 ou de 80. Ce dernier est même plus que suffisant dans la plupart des cas, puisqu'ordinairement les tissus à lisses (cadres) n'en exigent pas au-delà de 40 ou 50 au plus. Mais comme le prix d'une mécanique 104 n'est guère plus élevé que celui d'une mécanique qui aurait moitié moins d'importance, on se procure de préférence la première (NDLR: nous sommes en 1848...), parce qu'au besoin on peut s'en servir pour confectionner quelques petits articles façonnés. Nous prendronc donc pour base de nos indications la mécanique 104 crochets.

Fig.1

La Fig.1 représente une mécanique d'armure vue en perspective; mais comme elle est trop compliquée et qu'elle ne peut être comprise ainsi, nous en donnons ci-après le détail.

Fig.2 et fig.3

On la voit latéralement par son coté gauche (fig.1) et son coté droit (Fig.3)
A A sont des montants d'une seule pièce chacun; ces 2 montants qu'on nomme jumelles, font le corps du bâti, avec 5 ou 6 pièces d'assemblage, qui sont le chapeau C, la planchette D, la grille de l'étui E, la planche à collet G, soutenue cpar la tringle de fer mn. Toutes ces pièces sont fixes.

Jumelles: Aux faces intérieures de ces 2 pièces, il est pratiqué une rainure qui sert à recevoir les coulisseaux adaptés aux deux extrémités de la griffe. Ces deux rainures sont garnies de cuivre, pour éviter l'usure qu'occasionnerait le frottement continuel des coulisseaux de la griffe qui sont en fer. Au bas de chaque rainure, il existe un trou carré a, dans lequel on place un ou plusieurs morceaux de cuir, servant à régler la hauteur des lames métalliques de la griffe, et à empêcher que le rabat en soit trop sec.


Fig.4 Fig.5 Fig.6

La fig.4 représente une jumelle vue intérieurement; la fig.5 représente une jumelle vue de l'extérieur, et la fig.6 représente la coupe intérieure de la mécanique garnie de ses pièces principales.

Chapeau: Le chapeau C (fig.12)consolide les jumelles auxquelles il est fixé par 2 mortaises pratiquées à ses extrémités. Entre chaque mortaise se trouve un boulon vertical b, que l'on visse dans l'intérieur des jumelles, où un écrou est encastré; au centre de cette pièce est percée de part en part, une mortaise c, par laquelle on fait passer la courroie d


Fig.12

La fig.12 montre le chapeau vu en dessus et garni de ses deux tenons v et x, qui servent à supporter le battant de la mécanique (fig.13) au moyen de 2 vis de réglage y et z. Le tenon v est fixe, mais le tenon x peut avancer ou reculer, selon qu'il est nécéssaire, pour l'ajustement du battant Q; ce tenon x traverse et dépasse le chapeau, dans lequel il est serré de manière à ne pouvoir être déplacé qu'à coups de marteau, afin qu'il ne varie pas du point qu'on lui assigne.


Fig.13

Planchette: La planchette D est fixée horizontalement, à champ, par ses extrémités, au coté gauche de la mécanique, avec des vis à tête plate, vissées aux jumelles en c c; elle est percée de 104 trous destinés à recevoir, à supporter et à maintenir espacées les aiguilles de la mécanique. Ces trous sont évasés à leur partie inférieure pour en faciliter l'accès. Deux trous plus grands, que l'on voit en e e, servent à recevoir les pedonnes du cylindtre lors de sa pression contre la planchette.


Fig.22

La fig.22 représente la planchette vue de face.

Grille de l'étui: Cette grille (fig.23), se compose des deux barreaux E E, entre lesquels sont placées 5 broches. L'intervalle d'une broche à l'autre doit être de l'épaisseur d'une aiguille posée à plat sur son talon; et la distance du premier au dernier intervalle est exactement la même que celle du premier au quatrième rang des trous horizontaux de la planchette D. L'extrémité de chaque broche est fixée à l'intérieur des jumelles.


Fig.23

Chaque barreau est percé de 26 trous, sur un seul rang, destinés à recevoir des épinglettes. On voit sur la fig.19, une grille prise par bout.


Fig.19

Etui: L'étui F (fig.24) s'emboîte entre les deux barreaux E E, et s'applique contre les broches de la grille. Il y est percé un même nombre de trous qu'à la planchette D, et à des distances semblables. A l'intérieur et dans le sens horizontal, sur chaque rangée de trous, est pratiquée une petite rainure d'environ 1 cm de profondeur, afin de faciliter l'emboîtement du talon des aiguilles contre leurs élastiques (NDLR: ressorts mous) respectifs, placés séparément dans les trous de l'étui, lesquels doivent correspondre directement en face du talon de l'aiguille qui leur est relative. Ces élastiques servent à repousser les aiguilles quant elles ont été foulées par le cylindre.


Fig.24 et Fig.20

Chaque rang vertical d'élastique est maintenu extérieurement par une épinglette i, qui est assujettie aux épaulement extérieurs de l'étui. Cette disposition donne la facilité de changer un ou plusieurs élastiques au besoin, sans être obligé de déplacer l'étui, qui est une des pièces les plus délicates de la mécanique.
L'étui est disposé de manière à pouvoir être déplacé à volonté. C'est dans ce but qu'on le fixe aux jumelles par deux boulons qui le traversent à chaque extrémité en j j, et qui le maintiennent ainsi fixé au moyen d'écrous à oreilles.
La fig.24 représente l'étui vu de face extérieurement, et la fig.20 le représente vu de bout. On y voit les quatre rainures.

Planche à collet: La planche à collet G est terminée à chaque extrémité par une queue d'aronde, qui s'emboîte à coulisse dans une rainure p p, fig 4 et 6, pratiquée à la partie inférieure et interne de chaque jumelle. Cette planche est percée de 104 trous, alignés longitudinalement sur 4 rangs, qui sont espacés l'un de l'autre d'un écartement semblable à celui donné aux lames de la griffe. On voit cette planche percée fig.14.


Fig.14

 

La planche à collet, ayant à supporter tout le poids des lisses (cadres), est soutenue par la tringle de fer, qui traverse chaque jumelle en m,n, fig.3. Cette tringle, que l'on nomme support, est à épaulement du coté m, et à écrou du coté n; c'est en vissant cet écrou que l'on maintient la planche à collet dans la position qui lui est assignée, et ce même écrou doit être desserré, lorsque l'on veut la faire varier pour donner une plus ou moins grande inclinaison aux crochets, afin de régler leur prise aux lames de la griffe.

Au nombre des pièces mobiles se trouvent la griffe, les aiguilles, les crochets, le battant, les loquets et l'arbre de couche, qui est le moteur principal de tout ce mécanisme.


Fig.9 et Fig.10

Griffe: La griffe, dans son entier, fig.9 et 10, se compose d'un morceau de bois massif, que l'on nomme plot ou mouton; mais cette pièce est plus commode lorsqu'elle est formée de 4 morceaux assemblés, emboîtés solidement à queue d'aronde, en forme de petite caisse allongée, qui n'aurait ni fond ni dessus; et c'est par rapport à cette ressemblance qu'on a donné à cette partie le nom de caisse, dont les deux extrémités o et r descendent un peu au-dessous de ses parties latérales p q. A la caiise sont fixés longitudinalement et obliquement 4 lames en fer 1,2,3,4, fig.10, dont l'inclinaison est indispensable pour repousser convenablement les crochets. la vis de pression reproduite isolément dans la fig.11, doit être disposée de manière qu'on puisse selon qu'il est nécessaire, la reculer ou l'avancer, au moyen des deux écrous i k, entre lesquels le coté droit de la caisse se trouve serré:


Fig.11

la partie l de la tige est carrée, et traverse juste, dans un trou du même genre pratiqué au coté gauche de la caisse, et renforcé par une plaque de fer qui y est adaptée en n, fig.2. Cette précaution est nécessaire pour maintenir le galet d'aplomb dans son mouvement de rotation,, en montant ou en descendant. Cette pièce fait également partie de la caisse, ainsi que les boulons à écrous a,b,c,d, fig.10.

 


Fig.34

Aiguilles: Les aiguilles 1,2,3,4, fig.34, sont des fils de fer cru, de la force d'aiguilles à tricoter qui en un endroit A,B,C,D sont contournés en anneau, et recourbés en boucles à l'une de leurs extrémités; ces bouclessont les talons des aiguilles; elles sont arrêtées dans la grille de l'étui par une épinglette a a, qui les traverse dans le talon, par où elles reposent sur les broches de la grille, tandis que leurs pointes sont supportées par la planchette DD.
Les oeils ou anneaux sont destinés à recevoir des crochets et à leur communiquer le mouvement que leur imprime le cylondre.

Crochets: Les crochets sont des fils de fer un peu plus gros que ceux des aiguilles. Ils sont recourbés par les deux bouts; la courbure du bas est plus longue que celle du haut comme on le voit sur la fig.34. Les crochets sont passés dans les oeils ou anneaux des aiguilles qui en maintiennent l'écartement, dans les proportions du percage de la planche à collet GG, sur laquelle ils reposent. Les crochets transmettent aux lisses (cadres) le mouvement ascendant qu'ils recoivent des lames de la griffe. On remarquera que tous les crochets sont semblables, et qu'il n'en est pas de même des aiguilles; car si ces dernières sont toute de même longueur, elles diffèrent entre elles en ce que leurs anneaux sont placés à 4 distances différentes, qui leur font donner des dénominations de numéros 1,2,3,4, selon le rang horizontal auquel elles sont destinées, ainsi qu'on le voit ici. Les aiguilles, les crochets, doivent être parfaitement dressés, et tous les anneaux d'un même numéro doivent être faits exactement à la même distance.

Battant: Le battant de la mécanique est un chassis formé de 4 pièces assemblées a,b,c,d (fig.7)


Fig.7

Les fig.27 et 28 représentent la partie intérieur des montants c,d, dans chacun desquels est creusé une entaille où l'on fait monter ou descendre à volonté, par une vis dite de réglage p, un coussinet en cuivre, échancré pour recevoir l'un des tourillons du cylindre que l'on voit aux extrémités de la fig.25.


Fig. 27, fig.28 et fig.25

On remarque en o, fig.27, une échancrure, par où l'on descend l'un des tourillons sur le coussinet, lorsque le premier est posé sur celui de l'autre montant.
La pièce en acier, fig.30, est nommée ressort de presse; elle appartient au battant, et se fixe extérieurement aux deux traverses du haut et du bas avec des vis.


Fig.30 et Fig.11

La courbure de cette pièce est disposée de manière à éloigner et rapprocher le battant de la planchette de la mécanique, par le moyen de la roulette qui se trouve au bout m de la vis de presse fig.11.
La fig.21 est une autre pièce du battant, appelée valet. Il se compose d'une embase de peu d'épaisseur, vue de face, garnie en dessous d'une plaque métallique, si cette embase est en bois, et d'une tige carrée b, surmontée d'une broche entourée d'une spirale métallique faisant ressort. Le valet passe dans les deux traverses du battant, comme on le voit en D, fig.8; la traverse inférieure est percée d'un trou carré dans lequel passe la tige du valet, et l'embase repose sur 4 boulons qui forment la lanterne du cylindre, dont nous parlerons plus loin. A la tige en d, il existe une petite entaille, dans laquelle on glisse un verrou fixé sur la traverse inférieure, quand on veut maintenir le valet suspendu, pour déplacer le cylindre, sur lequel il exerce une pression constante.


Fig.8

Ce cylindre (fig.25), est une pièce quadrangulaire en bois, dont chaque face est percée d'un nombre de trous semblable à celui de la planchette. On voit en c, de petites chevilles côniques en buis ou en acier, qui sont fixées au cylindre. A l'une des extrémités o, est fixée une lanterne faite de 2 plaques de fer, unies par 4 boulons à leurs angles.
La fig.8, représente un battant garni de son ressort de presse, de son cylindre et de l'un de ses 2 valets. La battant garni de tours ses pièces, est suspendu aux deux tenons V,X du chapeau, fig.12, par les deux vis de réglage y,z, qui traversent ces tenons à vis, et dont les points arrivent dans les crapaudines encastrées dans les montants du battant, de manière que ce battant puisse agir comme s'il était suspendu à la mécanique par des charnières.


Fig.12

 

A suivre...