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Etienne TURQUET

 

 

 


Tiré du Mémorial de la Soierie, 1945

Etienne Turquet ! son nom n'est guère connu que des érudits locaux, de ceux qui ont étudié les origines de notre grande industrie lyonnaise.

Un juste hommage a été rendu par la ville de Lyon à Philippe de la Salle, mais envers Etienne Turquet Lyon s'est montré ingrat. Ce fut pourtant l'initiative de ce lyonnais d'adoption qui organisa dans cette ville l'industrie de la soie.

Le roi Louis XI, en 1466, avait voulu établir à Lyon, aux frais de la ville, une manufacture royale de tissus de soie et d'or. Après trois années de travail et de négociations, les ateliers futent transportés à Tours. Quelques "tissotiers" demeurèrent cependant à Lyon. Mais, pour les belles étoffes, la ville demeurait tributairede Tours et Avignon, et surtout de Gênes, Venise, Florence et Milan.

Etienne Turquet, négociant piémontais, fixé à Lyon vers 1495, y avait épousé Claudine Clavel. Il habitait dans le quartier Saint-Paul, à l'angle des rues de la Saônerie et de la Chèvrerie, et y exerçait son commerce en gros de mercerie, draperie et harangerie. Il devint notable en 1528 et fut avec Jean Kléberger, l'Homme de la roche, parmi les fondateurs de cette admirable institution de l'Aumône générale d'où est sorti plus tard l'Hospice de la Charité.

Ce gros commerçant était un brave homme : il fut chargé de la distribution des secours aux indigents de Bourgneuf et de l'Observance, élu recteur et choisi pour trésorier de l'Aumône.

En 1536, Turquet songea à établir à Lyon des manufactures pour la fabrication des étoffes précieuses. Il s'associa avec Barthélemy Naris. Les membres du Consulat, dans la séance du 28 août 1536, entendent Turquet leur soumettre une proposition "aux fins d'ériger en ceste ville les mestiers de faire drap d'or, d'argent et de soye, et à traite icy des compagnons de Gennes et autres étrangers qui seroit un bien gros bien pour ceste ville et tout le royaume. Aussi le peuple y seroit occupé et gaigneroit sa vie."

Les démarches de Turquet et des membres du Consulat furent couronnées de succès. Un prêt d'argent fut consenti : le roi François Ier, par lettres patentes signées à Lyon en octobre 1536, accordait à Turquet et naris de précieux privilèges. Leurs ouvriers furent déclarés francs de tout impôt et de tout service de garde ou de milice, à la condition qu'ils travailleraient dans la ville et non au dehors.

On organisa rapidement les ateliers de teinture, de dévidage et de tissage. En quelques mois, tissotiers, veloutiers, mouliniers, tireurs d'or, taffetatiers, vireurs de moulins, passementiers, plieurs de velours, devinrent nombreux à Lyon. L'érudit lyonnais Vital de Valous nous a légué les noms desprincipaux tissotiers : Gaspard Floris, à la côte Saint-Sébastien; Humbert Violette, à la Lanterne; Pierre de Jussieu, près le grand Hôpital; Antoine Constant, aux Terreaux.

Les pauvres filles recueillies dans les hôpitaux furent les premières dévideuses.

Dès lors, l'industrie nouvelle marcha de progrès en progrès. Les privilèges royaux, les faveurs de la commune, attirèrent à Lyon nombre de veloutiers et de tisseurs. Une compagnie de fabricants de soie se forma au capital de 8.000 livres tournois (128.000 francs). Ses moulinages et ses métiers furent établis dans la maison dite du Poids des Farines, cédée par le Consulat. Elle était située non loin des Terreaux, entre le cloître des Carmes et les fossés de la Lanterne.

En 1540, la corporation des veloutiers placéeau quatrième rang après les drapiers, les notaires et les merciers, participait aux honneurs municipaux. Etienne Turquet fut son premier maître-garde.

Quelques années après, les manufactures de soie faisaient vivre à Lyon plus de 12.000 personnes. La prédiction de Turquet, "le peuple y seroit occupé et gagneroit sa vie", était réalisée.

L'entrée de la rue Saint-Georges et la montée du Gourguillon au XIX° siècle.
Gravure de Drevet dit "Le Maître du Vieux-Lyon".

On a peine à concevoir l'ingratitude des Lyonnais pour l'homma à qui la cité est redevable du développement de l'industrie qui fit sa gloire.

En 1868, Vital de Valous, rappelant que, rue Lanterne, entre les rues de Constantine et d'Algérie, se trouvait l'emplacement occupé par les métiers de Turquet, demandait qu'une plaque commémorative placée sur l'une des maisons rappelât les noms de Turquet et Naris, et la date de l'institution de la Fabrique.

Actuellement, une impasse étroite et ignorée débouchant dans la montée du Gourguillon, rappelle seule aux Lyonnais la mémoire de Turquet. Le créateur de notre industrie locale mérite mieux que cela.

L'impasse Turquet, dans la montée du Gourguillon,
lieu de négociation pour la création de la Grande Fabrique de Soierie de Lyon.

 

Le Gazetier